La façade contemporaine du Musée des nourrices, au bord d’une rue.

Le journal de l’ADEPAPE Var

« L’enfant trouvé n’existe plus » — quand changer un mot changeait un statut

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En 1864, une étude de la Revue des Deux Mondes constate l’abandon du mot « enfant trouvé » au profit d’« enfant assisté ». Pièce de contexte national : le Var n’y figure pas.

Le Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique à Alligny-en-Morvan. Photo : Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Cadrage adapté à l’en-tête.

En 1864, la Revue des Deux Mondes publie une étude d’Alexis Bailleux de Marisy consacrée aux enfants assistés en France. Ce n’est pas une page d’histoire varoise, et nous la présentons ici pour ce qu’elle est : un arrière-plan national, antérieur de très loin à notre association.

Un texte national, sans le Var

L’étude s’appuie sur les grandes enquêtes de l’époque, notamment celle de 1860, menée dans l’ensemble des départements.

IV. Rapport sur l’enquête générale de 1860 dans tous les départemens ; Imprimerie impériale 1862.

Une lecture intégrale du texte le confirme : ni Toulon, ni Draguignan, ni le Var n’y apparaissent. Le seul point du Sud-Est cité est Marseille, l’un des cinq derniers « tours » de France encore ouverts, avec Évreux, Brest, Paris et Rouen. La transcription consultable en ligne a été vérifiée par un contributeur et reste en attente de validation.

La bataille du nom

Le cœur de l’étude n’est pas un comptage : c’est un changement de nom, et donc de statut. L’auteur l’écrit en toutes lettres.

Peu de personnes le savent : aujourd’hui l’enfant trouvé n’existe plus ; celui que l’on appelait autrefois de ce triste nom, qui soulevait à ce titre tant de préjugés populaires ou fournissait matière à tant de déclamations, a fait place à l’enfant assisté, devenu l’égal de tous les fils de notre libérale patrie.

Le geste va jusqu’à la pierre : l’inscription du frontispice de l’hospice de la rue d’Enfer est modifiée pour porter le nom d’hospice des enfants assistés. Un mot colle à la peau ; on le change.

Un silence ancien sur les parcours réussis

Un second passage nous parle plus directement encore. L’auteur observe que la statistique, capable de dire que ces enfants n’avaient pas fourni plus de victimes au vice ou au crime que les autres, s’est tue sur leur réussite sociale.

Selon lui, ce silence était protecteur, et « il n’est permis à personne de le rompre ». Autrement dit : l’invisibilité de ces parcours est un choix ancien. Aujourd’hui, ce sont les personnes concernées elles-mêmes qui décident de parler ou non — et c’est très exactement ce que nous rendons possible en donnant la parole à nos adhérents.

Pour l’ordre de grandeur, et sans jamais actualiser ces nombres : Necker estimait en 1784 qu’il y avait en France 40,000 enfants trouvés ; Montalivet, en 1810, les porte à 70,558. L’enquête générale de 1860 ramène à 76,520 le nombre d’enfants de un à douze ans à la charge des hospices, contre plus de 130,000 pour 1833 selon le rapport de M. de Gasparin.

Et pour vous ?

Depuis sa création, notre association a elle aussi changé de nom : de « pupilles de l’État » à « personnes accueillies en protection de l’enfance ». Si ces mots vous heurtent, vous conviennent, ou si vous en préférez d’autres, dites-le-nous : c’est le genre de sujet que nous portons en assemblée générale. Écrivez à contact@adepape-var.fr ou appelez le 04 94 31 60 31. Nous accompagnons aussi les jeunes sortant de l’ASE (aide sociale à l’enfance) sur des démarches très concrètes.

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