Le volume des rapports et délibérations du Conseil général du Var, session ordinaire d’août 1912, contient trois rapports qui décrivent la vie administrative des enfants assistés du département. C’est de la préhistoire institutionnelle : ni l’Aide sociale à l’enfance (ASE) telle que nous la connaissons, ni notre association n’existent alors. Mais ces enfants sont les prédécesseurs directs de nos adhérents.
L’échelle : 1 238 enfants en une année
Le rapport de l’inspecteur départemental, daté de Draguignan le 27 avril 1912, dresse le compte de l’année écoulée : 1 238 enfants ont figuré dans le service en 1911, dont 768 assistés et moralement abandonnés et 470 secourus. Au 31 décembre 1911, 905 restaient suivis, après 299 admissions et 333 sorties dans l’année.
Un second service, distinct, existe en parallèle : la protection des enfants du premier âge, instituée par la loi Roussel du 23 décembre 1874. Son rapport, daté du 20 mars 1912, compte 487 enfants protégés restant au 31 décembre 1911, dont 454 placés par leurs parents et 38 secourus. Ces deux chiffres relèvent de deux services différents et ne s’additionnent pas.
Le regard porté sur les grands
L’inspecteur rend compte aussi de l’attitude des jeunes dont il a la charge. Sa phrase se passe de commentaire.
Cependant, quelques fortes têtes cherchent, dès l’âge de 17 à 18 ans, à se soustraire à la tutelle administrative. Ce sont, pour la plupart, des enfants admis à l’assistance après avoir sous les yeux les plus mauvais exemples.
Le même rapport note que, malgré de nombreuses difficultés de recrutement des nourrices au sein, le service a pu éviter aux nourrissons un séjour jugé préjudiciable dans les hospices dépositaires ; qu’en revanche le nombre d’enfants rachitiques augmente sans cesse ; et que tous les élèves de 6 à 13 ans sont affiliés aux mutualités scolaires depuis le 1er janvier 1909.
Une géographie du placement, et son prix
Le budget du chapitre « Enfants assistés » comporte un article dédié aux primes versées aux nourriciers et aux patrons des pupilles régulièrement envoyés à l’école, expressément rattaché au département des Alpes-Maritimes : 1 750 francs dépensés en 1911, 2 000 francs demandés ensuite. Des enfants du Var étaient donc placés au-delà des limites du département. Cohérente avec cela, l’agence de surveillance des enfants assistés du Var était établie à Puget-Théniers.
Cette surveillance, elle aussi, s’arbitre en francs. L’agent en poste à Puget-Théniers, M. Teisseire, entré en fonction en 1903 avec un traitement de 2 400 francs, en percevait 3 100 depuis le 1er janvier 1909 et demandait une augmentation. Le 27 août 1912, la première Commission, tout en reconnaissant ses bons services mais « obligée de tenir compte des finances départementales », lui accorde 100 francs, portant son traitement à 3 200 francs au 1er janvier 1913, non révisable avant trois ans. Adopté.
Et pour vous ?
Ce contraste — tutelle subie hier, accompagnement choisi aujourd’hui — est exactement ce que nous portons : pas de sortie sèche, et un appui qui se demande sans avoir à se justifier. Si vous sortez de l’ASE ou si vous en êtes sorti il y a longtemps, nous sommes joignables au 04 94 31 60 31 et à contact@adepape-var.fr.
Nous cherchons aussi des traces : dossiers, carnets, courriers, souvenirs de familles d’accueil du haut-pays. Si vos proches en conservent, signalez-le nous. Ces archives publiques racontent une administration ; ce sont vos récits qui racontent les vies.
Sources
- Rapports et délibérations / Département du Var, Conseil général, session ordinaire d’août 1912 (Gallica / BnF) : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5831324h
- Rapport de l’Inspecteur départemental, service des enfants assistés, Draguignan, 27 avril 1912 (dans le même volume).
- Rapport sur la protection des enfants du premier âge (loi Roussel du 23 décembre 1874), Draguignan, 20 mars 1912 (dans le même volume).
