Le 20 avril 1943, un quotidien régional annonce en première page une loi à venir sur l’assistance à l’enfance. La dépêche est datée de la veille : « Vichy, 19 avril (Réd. vich.). — Très prochainement, le « Journal Officiel » va publier une loi importante concernant l’assistance à l’enfance. »
Une annonce dans une presse contrôlée
Il faut lire cette page pour ce qu’elle est. Le Petit Marseillais paraît alors sous le régime de Vichy, dans une presse contrôlée : la même première page relaie la propagande de l’Axe. La réforme est présentée par « le docteur Grasset, secrétaire d’Etat à la Santé et à la Famille ». Rien de tout cela ne rend ce régime bienveillant. Ce qui compte pour nous est ailleurs : le cadre a été repris et refondé par la République après 1945, et ce sont les associations elles-mêmes, portées par d’anciens pupilles, qui lui ont donné son sens.
Le journal, dans sa manchette, se décrit lui-même comme « Le plus important des journaux de province » — c’est un slogan d’autopromotion, pas une donnée de diffusion.
La fin du mot « Enfants assistés »
L’article explique que le texte « a pour but d’assouplir et d’humaniser la législation ancienne relative aux enfants assistés ». Puis vient le passage qui, aujourd’hui encore, résonne pour beaucoup d’adhérents.
D’autre part, le docteur Grasset a décidé de supprimer l’appellation « Enfants assistés », qui marquait lourdement la vie des enfants dont l’Etat assume la protection. Ces enfants deviennent maintenant des « Pupilles de l’Etat ».
Un argument contre la stigmatisation, formulé à cette date. C’est exactement la raison pour laquelle notre sigle dit aujourd’hui « Personnes Accueillies en Protection de l’Enfance » : les mots qui désignent les enfants les suivent toute leur vie.
Le E d’ADEPAPE, écrit noir sur blanc
Le même article annonce l’obligation qui fonde nos associations : « il est également prévu la création obligatoire dans chaque département d’un organisme d’entr’aide chargé de donner aux pupilles et anciens pupilles un appui moral et matériel ». Le mot est écrit « entr’aide », avec son apostrophe d’époque. C’est le E de notre sigle. Et le « et anciens pupilles » est déterminant : dès l’annonce, l’appui ne s’arrête pas à la majorité. C’est ce qui fonde notre accompagnement des jeunes sortant de l’ASE (Aide sociale à l’enfance).
Le reste de l’annonce montre l’écart d’époque : l’insertion professionnelle passait par l’ouverture « de fermes-écoles et d’écoles ménagères ». Enfin, une prudence : cette page date une loi nationale annoncée, pas la création de notre association varoise. Le Var n’y est nommé nulle part, et elle ne tranche rien sur nos propres origines.
Et pour vous ?
Si vous sortez de l’ASE ou en êtes sorti il y a longtemps, l’« appui moral et matériel » n’est pas une formule de journal : c’est notre travail quotidien. Contactez-nous au 04 94 31 60 31 ou à contact@adepape-var.fr.
Nous cherchons aussi des adhérents pour nous aider à retrouver les traces varoises de cette histoire, dans les archives comme dans les mémoires familiales.
Sources
- Le Petit Marseillais, 20 avril 1943, page 1 — Gallica/BnF : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k49217808
- ADEPAPE du Var — 04 94 31 60 31, contact@adepape-var.fr
