Le « Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire » établi par Ferdinand Buisson, édité chez Hachette en 1911, consacre une entrée au service des enfants assistés. Elle est signée Émile Alcindor, inspecteur général adjoint des Services administratifs — un haut fonctionnaire qui décrit son propre service. On y lit, attesté en 1911, un principe que beaucoup croient récent : l’argent gagné par un enfant placé lui appartient, et une part doit être mise de côté pour sa sortie.
À treize ans, on cesse d’être payé pour vous
Jusque-là, l’administration verse un prix de pension au nourricier qui héberge l’enfant. À partir de treize ans, la logique s’inverse : c’est un patron qui emploie le jeune et lui verse un salaire, d’abord faible pendant l’apprentissage, puis croissant. L’enfant devient producteur de son propre revenu, sous un contrat passé en son nom par l’inspecteur.
Ce salaire n’est pas remis en bloc. Il est réparti, et la répartition est écrite noir sur blanc.
Trois parts, une seule dans la poche
La règle décrite par le dictionnaire distingue ce qui habille, ce qui est épargné et ce qui reste disponible au quotidien.
Il en est fait trois parts : l’une affectée à la vêture ; une autre placée à la caisse d’épargne par les soins du trésorier-payeur général ; une troisième qui, comme argent de poche, est remise à l’enfant.
La source ne parle nulle part de « pécule » : elle dit « caisse d’épargne », « argent de poche » et « deniers pupillaires », dont le trésorier-payeur général est comptable et dont le total est, selon le texte, d’environ dix millions (la page ne précise pas l’unité monétaire). C’est aussi sur sa part d’argent de poche que le jeune peut, s’il le veut, continuer les versements faits en son nom aux mutualités et à la Caisse nationale des retraites.
Une racine, pas un modèle
Ce serait malhonnête de n’en retenir que la partie flatteuse. La même page décrit un régime dur : la règle du secret du placement, présentée comme étant à la base même du service et destinée à rendre effectif l’abandon, ou encore la possibilité pour le préfet-tuteur de faire interner certains pupilles. L’épargne obligatoire est le seul point de continuité avec ce que nous défendons ; le reste en est l’exact contraire.
Une précision de date, enfin : 1911 est l’année d’édition du volume, pas celle de la création du dispositif. Le texte lui-même se réfère à l’état du droit « à l’heure actuelle (1908) » et s’appuie sur des lois antérieures. Le principe est donc plus ancien encore. Ajoutons que ce texte est national : ni le Var ni notre association n’y apparaissent.
Et pour vous ?
Le principe a plus d’un siècle, et il faut toujours aller le réclamer. Si vous avez été accueilli à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), des sommes peuvent vous attendre et ne vous seront pas versées spontanément. Nous avons publié deux articles pratiques sur le sujet, notamment sur les sommes conservées par la Caisse des dépôts et sur la démarche à engager pour les récupérer.
Vous ne savez pas par où commencer ? Appelez-nous au 04 94 31 60 31 ou écrivez à contact@adepape-var.fr. Nous regardons votre situation avec vous et nous vous aidons à rédiger la demande. C’est votre argent : il n’y a rien à quémander.
Sources
- Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, texte établi par Ferdinand Buisson, Hachette, 1911, entrée « Assistés (Enfants) » par Émile Alcindor, p. 120-123 : https://fr.wikisource.org/wiki/Nouveau_dictionnaire_de_p%C3%A9dagogie_et_d%E2%80%99instruction_primaire/Assist%C3%A9s_(Enfants)
- Nos articles sur les sommes dues aux anciens de l’ASE : « pécule, allocation de rentrée : réclamez » (2023) et « pécule : 42 % de récupération » (2024).
