En 1890, les rapports et délibérations du Conseil général du Var contiennent un rapport sur les enfants assistés. Le rapporteur du service y explique pourquoi ses pupilles n’accèdent pas à l’apprentissage. Le document ne dénonce rien : il décrit, et c’est ce qui le rend précieux.
À quatorze ans, plus rien au budget
Le point de bascule est un âge. Passé quatorze ans, l’enfant assisté doit subvenir à son entretien, et l’administration cesse de porter la dépense, sauf maladie. Le rapporteur l’écrit sans détour : il n’y a plus rien pour lui au budget.
Une prime existe pourtant. Un arrêté de ventose an V alloue 50 fr. à l’artisan qui apprend un métier à un enfant assisté — une somme versée une seule fois, et destinée aux vêtements de l’enfant pendant l’apprentissage. Les règlements du département, qui datent de 1861, ont maintenu cette allocation, selon le rapporteur, sans l’augmenter d’un centime.
L’aveu du service
La phrase la plus dure du rapport ne vise pas les artisans. Elle décrit la place assignée à l’enfant.
Il arrive cependant qu’un élève de l’assistance publique désire apprendre un état manuel. C’est une prétention exhorbitante de sa part. Il faut qu’il soit berger ou serviteur à gages.
Côté artisans, le rapport est nuancé : certains prendraient un pupille comme apprenti, mais ne se soucient pas de le loger, nourrir et habiller trois ans pour 50 fr. en tout, et préfèrent les enfants de famille. Ils ne refusent pas, ils butent sur les conditions. Le rapporteur précise d’ailleurs que l’apprentissage dure habituellement deux ans, trois ans étant le maximum, et propose que les 50 fr. deviennent annuels plutôt qu’uniques. Il évalue à 14 environ le nombre de pupilles concernés chaque année.
Ce que cela dit au Var d’aujourd’hui
Nous n’existions pas en 1890, et rien ne nous relie à cette administration. Ce qui se prolonge, ce n’est pas une institution : c’est un problème. Une jeunesse sommée d’être autonome tôt, sans les moyens de choisir sa formation, c’est exactement le terrain sur lequel nous travaillons aujourd’hui — accès à l’apprentissage, sorties de l’ASE (aide sociale à l’enfance), accompagnement des jeunes majeurs.
Se garder du « c’était pire avant » n’enlève rien à la lecture : un rapporteur de 1890 voyait déjà le point d’achoppement, et demandait un ajustement qui n’a pas suffi.
Et pour vous ?
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Sources
- Rapports et délibérations / Département du Var, Conseil général, session 1890, section « Enfants assistés », pages CCLXXXIX-CCXC — https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58429334
- Gallica / Bibliothèque nationale de France, document public hors droits
