En mai 1908, le Conseil général du Var se réunit à Draguignan pour sa session ordinaire. Parmi les affaires soumises aux conseillers figure une ligne qui paraît technique et qui raconte pourtant beaucoup de la protection de l’enfance de l’époque : le prix payé chaque mois aux familles qui accueillent les pupilles du département. Cet article de « préhistoire » ne relate pas l’histoire de notre association, qui n’existe pas encore : il éclaire d’où vient le sujet.
Un tarif qui baisse quand l’enfant grandit
Le système est simple et brutal. Pendant la première année d’âge, le prix de pension versé au nourricier est de 24 francs par mois, majoré d’une prime mensuelle de 1 franc. Dès la deuxième année, il tombe à 12 francs. Autrement dit, l’enfant « coûte » moitié moins dès qu’il grandit, alors même que la charge quotidienne, elle, ne diminue pas.
Le contrôle du placement passe par un dispositif de papier : le rapport de l’Inspecteur départemental demande qu’il soit intercalé dans les carnets des nourrices 24 bulletins de visite mensuels, remplis d’avance par les secrétaires de mairie. Le suivi d’un enfant tient alors dans un carnet.
Dépassé à l’enchère par ses voisins
Le problème exposé au Préfet est celui du recrutement. Le Var ne trouve plus assez de familles sur son propre sol, et place donc une partie de ses enfants dans les départements voisins. Or ceux-ci paient davantage. La phrase du rapport est explicite.
Les départements des Alpes-Maritimes et des Basses-Alpes, où le Var est dans l’obligation de placer ses enfants, payant, en effet, un prix de 14 francs pour la deuxième année, il est de plus en plus difficile de trouver des nourrices au tarif actuel
C’est bien l’Inspecteur de l’Assistance publique qui expose la difficulté au Préfet, et le Préfet qui transmet ensuite la proposition au Conseil général : porter le prix de la pension de deuxième année à 14 francs. Le surcoût est chiffré à environ 1 000 francs par an. La première Commission propose d’accepter cette dépense supplémentaire et de la porter au Budget de 1909 ; le vote final, lui, n’est pas établi par la source, et nous nous gardons de le supposer.
Ce que cela dit du Var
Il y a plus d’un siècle, le placement d’un enfant varois se décidait déjà à la ligne budgétaire près, et un enfant pouvait être envoyé hors de son département faute de moyens ou faute de places. La question du nombre de familles d’accueil et du coût de l’accueil n’est donc pas une nouveauté de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) contemporaine : elle est constitutive du service depuis ses débuts.
Le même volume rappelle que l’article 32 de la loi du 27 juin 1904 sur le service des enfants assistés confie à l’Inspecteur départemental la distribution des layettes et des vêtures, jusque-là assurée par les deux hôpitaux dépositaires de Draguignan et de Toulon. Et que l’État finance le service à raison de 2/5 des dépenses. Là encore, rien qui nous soit tout à fait étranger.
Et pour vous ?
Si vous avez été placé dans le Var, ou hors du Var alors que votre dossier y était suivi, ces archives départementales peuvent contenir une trace de votre parcours. Nous accompagnons les adhérents qui souhaitent engager une recherche dans leur dossier : appelez-nous au 04 94 31 60 31 ou écrivez à contact@adepape-var.fr. Nous vous indiquerons quelles pièces demander et à qui.
Si vous détenez des documents anciens, courriers, carnets ou photographies liés à l’assistance dans le Var, dites-le nous : nous constituons une mémoire commune, et chaque pièce compte.
Sources
- Rapports et délibérations / Département du Var, Conseil général, session ordinaire de mai 1908 (Gallica / BnF) : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5836614q
- Loi du 27 juin 1904 sur le service des enfants assistés, article 32 (cité dans le même volume).
