Une salle d’exposition portant l’inscription « Le Morvan, terre nourricière ».

Le journal de l’ADEPAPE Var

Au Conseil général, le Var répond publiquement sur la mortalité de ses « enfants assistés »

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Le 11 décembre 1929, en session extraordinaire du Conseil général du Var, son président répond à un article de L’Illustration sur la mortalité des « enfants assistés » du département. Une pièce d’archive, pas une actualité.

Photographie d’illustration historique : une salle du Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique, dans le Morvan. Photo : Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Cadrage adapté à l’en-tête.

Le 11 décembre 1929, en session extraordinaire du Conseil général du Var, le président de l’assemblée, M. G. Fourment, également sénateur du Var, prononce un discours consacré pour partie au service des « enfants assistés » du département. Le texte a été publié quelques mois plus tard par la revue « Les Archives de Trans en Provence ». L’ADEPAPE Var n’existait pas et n’est évidemment pas concernée : nous publions ce document comme pièce d’archive.

Ce que « enfants assistés » voulait dire

Le vocabulaire est celui de l’époque, et il faut le laisser tel quel. « Enfants assistés » désignait alors les enfants dont la charge revenait au département : orphelins, enfants abandonnés ou retirés à leur famille, placés le plus souvent en nourrice ou chez des particuliers de campagne. Le mot « pupilles » n’apparaît pas dans le document ; celui d’Aide sociale à l’enfance (ASE), le service départemental qui accompagne aujourd’hui ces enfants, n’existait pas encore sous ce nom.

L’affaire part d’un article du journaliste Ludovic Naudeau, publié dans le magazine « L’Illustration » du 28 septembre 1929. Le département s’estime mis en cause, et son président monte à la tribune.

La réponse du département, mot pour mot

Fourment annonce d’emblée pourquoi il prend la parole. La formulation, reproduite ici avec les coquilles de la numérisation, dit l’enjeu de réputation autant que celui des enfants.

Le journal l’Illustration, dans son numéro du 28 septembre 1929, a publié un article de M. Ludovic Naudeau sur le département du Var, susceptible de nous porter un sérieux préjudice, a cause de la diffusion et de l’autorité de ce journal en France et à l’étranger

Il conteste ensuite le taux de mortalité attribué à Naudeau — « la mortalité annuelle des enfants confiés à notre service atteignait dans le Var b5 à 90 0/° de leur effectif », la notation étant ambiguë dans le document — et lui oppose la statistique du ministère du Travail et de l’Hygiène : « en 1925, sur 640, il en est mort 32 », « en 1926, sur 617, il en est mort 24 ». Pour 1928, il avance un effectif de 576 enfants et 16 décès, en précisant lui-même que la statistique officielle n’était pas encore parue et que ces derniers chiffres lui venaient du service départemental.

Ce que cette archive dit, et ce qu’elle ne dit pas

Fourment n’est pas un arbitre : il préside l’assemblée qui administre le service mis en cause, et il en assure la défense. Voici donc ce que le département a répondu, pas ce qui a été établi. D’ailleurs le dossier ne se clôt pas par un démenti : la lettre du directeur de L’Illustration au préfet du Var, publiée dans le même fascicule, renvoie la discussion à plus tard, « à la fin de son enquête, M. Naudeau présenterait un résumé des objections qui lui ont été faites ».

Et même en retenant les chiffres officiels cités par le président lui-même, il reste 32 enfants morts sur 640 en 1925, 24 sur 617 en 1926. Écrit sans détour, cela dit une époque. Cela mesure aussi le chemin parcouru jusqu’aux actions que nous menons aujourd’hui : Passeport Malin, accompagnement des sorties d’ASE, présence à la cérémonie des pupilles en préfecture.

Et pour vous ?

Le document est en domaine public et consultable librement sur Gallica. Si vous êtes adhérent, ancien enfant placé, ou simplement curieux de l’histoire du service qui vous a accueilli, prenez le temps de le lire : c’est votre histoire administrative, treize ans avant la création revendiquée de notre association. Et si vous détenez des pièces plus anciennes — courriers, photos, documents de placement — écrivez-nous à contact@adepape-var.fr ou appelez le 04 94 31 60 31. Nous constituons peu à peu une mémoire varoise de l’enfance protégée, et elle manque cruellement de traces d’avant-guerre.

Sources

  • Les Archives de Trans en Provence, n° 11, 1er avril 1930, « Situation économique et sociale du Var, en 1929 », troisième partie — Gallica / BnF : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9816744g
  • Discours de M. G. Fourment, président du Conseil général et sénateur du Var, prononcé le 11 décembre 1929 (vues 3 à 8 du fascicule)
  • Lettre de M. Baschet, directeur de L’Illustration, à M. le Préfet du Var, même fascicule

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