Dans sa page d’histoire, la Fédération nationale des associations départementales d’entraide des personnes accueillies en protection de l’enfance (FNADEPAPE) rapporte un épisode de décembre 1956 : la parution, dans une revue, d’un article que les pupilles de l’État ont jugé hautement diffamatoire. C’est ce récit, et lui seul, qui nous sert ici de source.
Ce que la fédération raconte de ses débuts
Selon cette page, le mouvement était déjà en marche avant l’article. Des anciens pupilles de l’État, engagés dans des associations départementales, se réunissaient à Paris pour préparer une structure nationale.
Quelques anciens pupilles de l’État, déjà militant dans des associations départementales, se retrouvent dès 1957 à Paris pour étudier ensemble la création d’une Fédération Nationale.
La phrase qui a blessé
C’est dans ce contexte que paraît le texte incriminé. La fédération en reproduit un extrait ; nous le citons tel qu’elle le donne, sans l’avoir pu corroborer ailleurs. Le chiffre qu’il avance était attribué par son auteur à des services de police : il n’a jamais été établi, et nous ne le reprenons que comme le pronostic stigmatisant que le mouvement s’est constitué pour combattre.
« … Il y a 100.000 enfants à l’Assistance Publique. Il faudrait pouvoir s’occuper de chacun d’eux en particulier. Cette tâche est impossible. Alors, on les envoie dans des orphelinats, les filles d’un côté, les garçons de l’autre. Et dès qu’ils atteignent l’âge de travailler, 14 ans, ils doivent tenter leur chance. Ils n’en ont guère… Automatiquement, les garçons deviennent des valets de ferme, les filles bonnes à tout faire… Les services de police m’ont révélé leurs statistiques : 75 % des gangsters et des prostituées viennent de l’Assistance ». Extrait de la Revue « Constellation » N° 104–Décembre 1956
La page se garde d’écrire que cet article aurait fait naître la fédération. Elle dit autre chose, plus juste : « Cet événement contribuera, de façon décisive à l’initiative engagée. » Un catalyseur, sur un chantier déjà ouvert. La première assemblée générale adopte les statuts le 12 janvier 1958, à l’unanimité des présents. La suite ne fut pas simple : 17 associations seulement paient leur cotisation la première année.
Et le Var, dans tout cela ?
Disons-le clairement, parce que c’est plus utile qu’un raccourci flatteur : 22 départements étaient représentés à la constitution de la fédération, et le Var ne figure pas dans cette liste. Nous n’étions pas là. Rien dans ce document ne dit quoi que ce soit de notre propre date de création, et nous nous garderons d’en tirer un millésime.
Ce que ce récit nous laisse, en revanche, nous appartient pleinement. Le pronostic social collé à un enfant parce qu’il a été placé — « il finira mal » — est exactement ce que l’entraide combat depuis soixante-dix ans. Ce n’est pas une anecdote d’archive : c’est la raison d’être de notre association. Un jeune qui sort aujourd’hui de l’ASE (aide sociale à l’enfance) entend encore, sous des formes plus polies, la même prédiction.
Et pour vous ?
Si cette histoire vous parle, elle est aussi la vôtre. Nous cherchons des adhérents prêts à témoigner de leur parcours, à accompagner un plus jeune, ou simplement à venir aux rencontres. Et si vous sortez de l’ASE et que l’on vous a un jour annoncé un avenir tout tracé, appelez-nous : nous connaissons cette phrase, et nous savons qu’elle est fausse. Téléphone : 04 94 31 60 31. Courriel : contact@adepape-var.fr.
Sources
- FNADEPAPE, « De 1957 à nos jours » : https://fnadepape.org/la-federation/de-1957-a-nos-jours/
