Les lois ne sont pas les seuls repères de l’histoire de la protection de l’enfance. Des rapports publics ont aussi rendu visibles des dysfonctionnements et proposé de nouvelles orientations. Le rapport dirigé par Michel Dupont-Fauville, publié au début des années 1970, puis le rapport présenté par Jean-Louis Bianco et Pascal Lamy en 1980 occupent une place particulière dans cette évolution.
Regarder au-delà du placement
Le rapport Dupont-Fauville intervient dans un système encore très marqué par la séparation et l’organisation des établissements. Il invite à développer la prévention, à mieux coordonner les interventions et à ne pas considérer le placement comme une réponse allant de soi. Il contribue à déplacer le regard vers les causes des difficultés et les conditions de vie de la famille.
Cette orientation ne supprime pas la nécessité de protéger un enfant lorsqu’il est en danger. Elle demande de réfléchir au moment de l’intervention, à ses objectifs et aux effets d’une rupture. Elle ouvre aussi la question de la continuité du parcours, qui reste aujourd’hui au centre des débats.
Bianco-Lamy et les relations avec les familles
Le rapport Bianco-Lamy, intitulé L’aide à l’enfance demain, paraît en 1980. Il critique une action trop souvent conduite sans participation suffisante des familles et insiste sur l’information, les relations avec les services et la préparation des décisions. Il porte une conception moins verticale de l’aide sociale à l’enfance.
Ces idées nourrissent le mouvement qui conduira à la loi de 1984 sur les droits des familles dans leurs rapports avec les services chargés de la protection de la famille et de l’enfance. Elles rappellent qu’une politique publique ne se juge pas seulement à ses intentions, mais aussi à la manière dont les personnes comprennent et peuvent discuter ce qui leur arrive.
Des textes à relire, pas à célébrer sans recul
Un rapport ne change pas immédiatement les pratiques. Plusieurs constats formulés alors réapparaissent dans les travaux contemporains : ruptures, manque de coordination, difficulté à faire participer les personnes concernées et fortes différences territoriales. Leur intérêt est précisément de montrer que certaines alertes sont anciennes.
Et pour vous ?
Ces rapports appartiennent à l’histoire des droits des familles et de la parole des personnes accueillies. Si votre dossier montre que des décisions ont été prises sans explication, votre expérience participe à cette histoire collective. Vous pouvez la partager avec l’ADEPAPE Var à contact@adepape-var.fr ou au 04 94 31 60 31.
Sources
- Assemblée nationale, rapport d’enquête retraçant les grandes évolutions de la protection de l’enfance : https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/RAPPANR5L17B1200-tI.html
- Bibliothèque nationale de France, notice du rapport L’aide à l’enfance demain : https://ccfr.bnf.fr/portailccfr/ark:/16871/00110851442
- Sénat, rapport législatif de 1984 rappelant les travaux Dupont-Fauville et Bianco-Lamy : https://www.senat.fr/rap/1983-1984/i1983_1984_0245.pdf
