Le 3 septembre 2025, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a publié un rapport au titre sans détour : « Pour une mobilisation collective en faveur des jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance ». Ce n’est pas un document technique de plus. C’est un constat, chiffres à l’appui, sur ce qui se joue au moment où un jeune accueilli par l’aide sociale à l’enfance (ASE) atteint sa majorité — et un appel à ce que ce cap ne soit plus, pour personne, un saut dans le vide.
Un cap difficile à passer seul
Passé 18 ans, l’accompagnement par l’ASE n’est plus un droit automatique : il dépend d’un contrat « jeune majeur » que chaque département organise à sa manière, avec des moyens très inégaux d’un territoire à l’autre. Une même situation de départ peut donc conduire à des parcours très différents, selon le seul hasard du département où l’on a grandi.

Des chiffres qui doivent nous mobiliser
Le rapport rappelle, sans détour, ce que ce manque d’accompagnement peut coûter. L’espérance de vie des personnes ayant grandi à l’ASE reste inférieure de vingt ans à la moyenne nationale. Un jeune sur deux sorti de l’ASE n’est ni en emploi ni en formation. Un quart des jeunes sans domicile sont passés par l’aide sociale à l’enfance. Des chiffres qui donnent le vertige, mais que l’IGAS ne présente jamais comme une fatalité : ils sont la preuve, au contraire, que l’accompagnement, quand il existe et qu’il dure, change concrètement une vie.
Les départements consacrent pourtant des moyens réels à cette période : environ 1,2 milliard d’euros par an, au total, pour l’accompagnement après 18 ans. Mais ces moyens sont répartis de façon très inégale d’un territoire à l’autre. C’est précisément ce que pointe l’IGAS : cette responsabilité ne devrait plus reposer sur les seuls départements.
Une responsabilité à partager
Pour l’IGAS, sortir de l’ASE ne devrait pas être l’affaire du seul département qui a accueilli l’enfant. La mission appelle plusieurs acteurs à se mobiliser aux côtés des conseils départementaux :
- l’État, pour donner un cadre national plus cohérent ;
- la Caisse d’allocations familiales (CAF) ;
- les missions locales, en charge de l’insertion professionnelle des 16-25 ans ;
- les acteurs du logement ;
- l’assurance maladie ;
- les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH).
Elle recommande notamment de construire des passerelles privilégiées vers les dispositifs de droit commun, avant et après 21 ans, et de soutenir des structures capables de garder le contact avec les jeunes qui, un temps, décrochent de tout accompagnement.
Une réalité qui continue de grandir
Ce rapport paraît alors que les chiffres de l’aide sociale à l’enfance en France ne cessent d’augmenter. Selon les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), publiées le même mois, 404 600 mesures d’ASE étaient en cours fin 2024 en France. Parmi elles, 32 200 concernaient des jeunes majeurs bénéficiant d’un accueil provisoire — soit une hausse de 7,4 % en un an. Autant de jeunes pour qui la question posée par l’IGAS n’est pas théorique : elle se pose, très concrètement, dans les mois qui viennent.
Notre rôle, ici, dans le Var
Dans le Var, c’est précisément ce à quoi travaille notre association depuis sa déclaration en 1949 : faire en sorte que la majorité ne rime pas avec solitude. Accompagnement, pécule, mise en réseau, écoute — nous sommes là pour que le passage à 18 ans, ou les années qui suivent, ne se traversent pas seul. Vous êtes concerné, vous accompagnez un jeune dans cette situation, ou vous voulez simplement en savoir plus sur nos actions ? Contactez-nous au 04 94 31 60 31 ou par mail à contact@adepape-var.fr.
