Le tour d’abandon est souvent représenté comme un dispositif simple : une personne dépose anonymement un nouveau-né dans un cylindre aménagé dans le mur d’un hospice, fait pivoter le mécanisme, puis sonne pour prévenir l’intérieur. Cette image est réelle, mais elle ne résume ni les causes de l’abandon ni le parcours qui suit. Derrière l’objet se trouvent la pauvreté, l’isolement, le secret, les normes sociales et une administration en construction.
Un dispositif matériel et social
Le tour permet de remettre un enfant sans rencontre directe avec le personnel de l’établissement. Il vise à éviter des abandons dans des lieux dangereux et à rendre l’accueil plus rapide. Son usage s’inscrit dans le fonctionnement des hospices et dans l’organisation des enfants trouvés, notamment encadrée au début du XIXe siècle. Une fois admis, l’enfant est enregistré, reçoit parfois un numéro et peut être placé chez une nourrice ou dans une famille éloignée.
Le dépôt n’efface pas toujours toute trace. Des vêtements, un billet, un objet ou un signe peuvent accompagner l’enfant. Leur sens varie : espoir de reconnaissance future, geste affectif, indication religieuse ou simple moyen d’identifier le nouveau-né. Ces éléments sont aujourd’hui précieux pour les historiens, mais leur présence ne permet pas toujours de retrouver une filiation.
Sortir d’une image romantique
Les récits contemporains transforment parfois le tour en symbole rassurant d’un abandon protégé. Cette lecture oublie la détresse des mères, les contraintes sociales et les risques considérables rencontrés par les enfants. Elle peut également faire croire que tous les enfants assistés sont passés par un tour, ce qui est faux. Les admissions prennent des formes différentes selon les lieux, les périodes et la situation familiale.
Le décret de 1811 aide à comprendre le cadre administratif, mais il ne raconte pas à lui seul les expériences individuelles. Pour celles-ci, il faut croiser registres, dossiers, correspondances et parfois archives hospitalières.
Une porte d’entrée vers les archives
Étudier les tours permet de relier histoire sociale et recherche des origines. Cela oblige aussi à distinguer l’accès à un document historique de l’accès contemporain aux origines par le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles. Les démarches, les droits et les fonds concernés ne sont pas les mêmes.
Et pour vous ?
Si votre recherche concerne un enfant assisté, partez des informations certaines : lieu, date approximative, nom utilisé et numéro éventuel. Ne concluez pas à un passage par un tour sans preuve dans le dossier. L’ADEPAPE Var peut vous aider à organiser vos questions avant de contacter les archives : contact@adepape-var.fr ou 04 94 31 60 31.
Sources
- ONPE, décret relatif aux enfants trouvés, abandonnés et orphelins pauvres : https://onpe.france-enfance-protegee.fr/document/decret-concernant-les-enfants-trouves-abandonnes-ou-les-orphelins-pauvres/
- INED, Aux origines de l’État-providence, ouvrage en accès libre : https://books.openedition.org/ined/17585
- Assemblée nationale, histoire de la protection de l’enfance dans le rapport d’enquête : https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/RAPPANR5L17B1200-tI.html
